Un jour de célébration avec Baltasar Garzón et Antonio Cassese

  Le 10 mars 2010, un événement s’est tenu à la Villa Moynier, à l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains à Genève, afin de féliciter les lauréats du prix 2010 du Journal of International Criminal Justice (JICJ) et du Prix Antonio Cassese pour les études en droit international pénal 2009-2010. Les membres du comité de rédaction du Journal, les amis éminents du Journal et les étudiants du master en droit international pénal de l’académie ont assisté à la cérémonie. Baltasar Garzón, qui était à l’époque un magistrat de l’Audiencia Nacional en Espagne, a présidé la cérémonie.

Le prix du JICJ a été décerné ex aequo au Dr Shane Darcy et à M. Johan David Michels pour leurs articles ‘Prosecuting the War Crime of Collective Punishment: Is It Time to Amend the Rome Statute?’ (Poursuivre le crime de guerre de châtiment collectif : est-il temps d’amender le Statut de Rome ?) et ‘Compensating Acquitted Defendants for Detention before International Criminal Courts’ (Réparations pour remédier au préjudice de la détention pour les accusés acquittés devant les tribunaux pénaux internationaux), publiés dans la première et la deuxième édition du Journal en 2010.
Le second Prix Antonio Cassese pour les études en droit international pénal 2009-2010 a été décerné à Sandesh Sivakumaran pour ses nombreuses contributions, dont ‘Courts of Armed Opposition Groups: Fair Trials or Summary Justice?’ (Les tribunaux des groupes d’opposition armés : procès équitables ou justice sommaire ?), et pour avoir mené à bien son projet de recherche menant à la monographie ‘The International Law of Internal Armed Conflict’ (Le droit international du conflit armé interne).
Les trois lauréats ont reçu le prix, une bourse et un certificat du professeur Paola Gaeta, membre du comité de rédaction du journal et, à l’époque, directrice du master en droit international pénal de l’Académie. La cérémonie a auparavant été inaugurée par Andrew Clapham, membre du comité de rédaction du journal et, à l’époque, directeur de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains à Genève. Professeur Clapham a présenté Antonio Cassese après avoir rappelé l’importance historique de la Villa Moynier, dans laquelle Gustave Moynier a réfléchi aux Conventions de Genève.
A l’aide de l’allégorie du Vieil Homme et la Mer d’Hemingway, Antonio Cassese a évoqué avec émotions les raisons qui l’ont conduit à créer les différents prix. Il a également partagé son espoir de voir les générations futures de juristes et d’universitaires chercheurs poursuivre le travail de justice et de pédagogie avec raison et passion. Ce fut la dernière apparition publique d’Antonio Cassese à Genève.
Dans son discours inaugural, prononcé en anglais avec une traduction consécutive, Garzón a traité de la question de la compétence universelle et de la difficulté immense de poursuivre les crimes internationaux. Dans un discours personnel fondé sur l’expérience espagnole, Garzón a rappelé les précédents de la réflexion sur les cours universelles, et le moment de la conjoncture dans les années 1990 où les idées se sont rassemblées autour de la notion de ‘victime universelle’. Cette conjoncture a rendu possible la mise en place de tribunaux internationaux, le consensus de Rome, ainsi que les procès d’anciens dictateurs et généraux pour des actes de violence innomables à l’encontre à la fois de civils et d’étrangers. Cependant, comme l’a sobrement rappelé le juge Garzón, ce moment est peut-être révolu. En effet, les nombreux défis de la coopération judiciaire et la politique internationale, tout comme le refus de certains régimes d’examiner les consciences nationales et les crimes passés, font que chaque procédure nationale contre l’impunité et l’injustice sont des étapes importantes, devant être imitées.